La chirurgie endoscopique du rachis lombaire

Chirurgie endoscopique uniportale et biportale (UBE)

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Relu par les chirurgiens orthopédistes du rachis · mise à jour octobre 2026

Endoscopie du rachis pendant l’intervention : technique biportale (UBE) et technique uniportale

 

Qu’est-ce que la chirurgie endoscopique du rachis ?

La chirurgie endoscopique du rachis est la forme la plus récente de la chirurgie mini-invasive (MISS) développée actuellement en France.

Elle consiste à réaliser l’intervention à travers une caméra (endoscope) et des instruments miniaturisés introduits par une ou deux incisions d’environ un centimètre chacune, sous contrôle vidéo permanent sur écran et sous irrigation continue de sérum physiologique (eau).

Le principe est directement inspiré de l’arthroscopie du genou ou de l’épaule : une chambre de travail est créée au contact des structures à traiter, et le chirurgien opère en regardant un écran plutôt que directement dans la plaie. Le grossissement optique et l’éclairage intégré offrent une vision agrandie et très précise des éléments nerveux.

L’objectif reste le même que la chirurgie classique ou tubulaire ; c’est-à-dire réaliser exactement la même intervention qu’à ciel ouvert, mais en empruntant une voie d’abord qui réduit au minimum les saignements, les décollements musculaires et le risque infectieux. L’irrigation continue de sérum aide à la dissection et diminue l’inflammation locale.

Développée en Corée du Sud puis largement diffusée en Asie, l’endoscopie rachidienne s’est imposée dans les centres de référence internationaux comme une évolution naturelle de la philosophie mini-invasive, après l’essor des abords tubulaires.

Attention : mini-invasif ne signifie pas mini-risques. Les indications, les objectifs et les risques sont strictement identiques à ceux de la chirurgie ouverte. Ce qui change, c’est uniquement la voie d’accès.

 

Les principes techniques

Il existe deux grandes familles d’endoscopie rachidienne, qui se distinguent par le nombre de voies d’abord utilisées.

Dans les deux cas, l’intervention se déroule sous anesthésie générale, patient installé sur le ventre, sous irrigation saline continue et contrôle fluoroscopique (radiographie peropératoire).

L’endoscopie uniportale (dite « full-endoscopic »)

Toute l’intervention se fait par un canal de travail unique d’environ 8 à 10 mm : l’endoscope et les instruments passent ensemble dans le même tube.

La caméra est intégrée dans le « tube de travail ».

Extrémité d’un endoscope uniportal pour la chirurgie du rachis : canaux de travail et caméra intégrée

L’incision cutanée est de l’ordre de 8 à 10 mm. Deux voies d’accès sont possibles selon la pathologie et l’étage :

  • la voie interlaminaire (postérieure directe), particulièrement adaptée au niveau L5-S1 et aux hernies intra-canalaires ou migrées ;
  • la voie transforaminale (par le trou de conjugaison), qui accède au disque et à la racine par le côté, sans passer par l’arc postérieur.
Schéma des voies d’abord en endoscopie du rachis : voie transforaminale et voie interlaminaire

L’endoscopie biportale unilatérale (dite UBE — Unilateral Biportal Endoscopy)

La technique utilise deux points d’entrée percutanés distincts, d’environ 1 cm chacun, situés du même côté : un premier orifice pour l’endoscope (voie optique de la caméra) et un second, indépendant, pour les instruments (voie instrumentale). Cette séparation autorise un travail en triangulation, comme en arthroscopie, l’endoscope et l’instrument convergeant vers la cible.

L’endoscope offre une vision large, entretenue par l’irrigation continue également. Les muscles et les tissus ne sont pas sectionnés mais simplement écartés en créant une chambre de travail « aquatique ». L’atout majeur de l’UBE est sa polyvalence : le chirurgien conserve deux axes de travail indépendants et peut utiliser la plupart des instruments habituels de la chirurgie du rachis, ce qui élargit le champ des pathologies traitables par rapport à l’endoscopie uniportale.

Chirurgien réalisant une chirurgie endoscopique du rachis au bloc opératoire
Endoscopie biportale (UBE) : endoscope et instrument introduits par deux incisions
Vue endoscopique peropératoire du rachis : racine nerveuse sortante et fourreau dural

 

Pour quelles interventions ?

Trois indications dégénératives du rachis lombaire sont développées ici. Pour chacune, les indications sont identiques à celles de la chirurgie ouverte : c’est uniquement la voie d’abord qui change.

La cure de hernie discale lombaire

Les indications sont strictement identiques à celles de la chirurgie ouverte classique : sciatique ou cruralgie hyperalgique résistant à un traitement médical bien conduit (antalgiques, anti-inflammatoires, infiltrations), déficit moteur récent ou syndrome de la queue de cheval. Aucune indication ne diffère selon la voie d’abord choisie.

Le geste consiste à écarter la racine nerveuse comprimée, puis à retirer le fragment discal hernié qui la comprime (herniectomie), et à vérifier l’absence de fragment libre résiduel dans le disque (microdiscectomie). En endoscopie uniportale, l’abord se fait par la fenêtre interlaminaire (notamment en L5-S1 et pour les hernies migrées) ou par voie transforaminale ; en endoscopie biportale (UBE), la triangulation facilite le traitement de certaines hernies mal positionnées. Certaines hernies restent toutefois plus difficiles à traiter par endoscopie : la technique peut ne pas être retenue dans votre cas.

Ce que montre la littérature :

  • Taux de succès comparable à la microdiscectomie ouverte, avec des résultats sur la douleur, l’incapacité fonctionnelle et la satisfaction équivalents (environ 85 à 90 % de bons résultats).
  • Réduction des douleurs lombaires postopératoires et de la consommation d’antalgiques grâce à la préservation musculaire.
  • Diminution du risque infectieux et des saignements par la préservation de la vascularisation musculaire et l’irrigation continue.
  • Chirurgie le plus souvent ambulatoire (sortie le jour même) ou à J+1.
  • Reprise accélérée des activités : marche immédiate, activités légères en quelques jours, sport habituel généralement entre 2 et 3 mois.
  • Le principal aléa reste la récidive herniaire précoce (environ 5-10 %), liée à l’usure du disque et non à la voie d’abord.

La décompression du canal lombaire étroit (un étage)

Les indications rejoignent celles de la laminectomie ouverte classique : claudication neurogène invalidante (douleurs et faiblesse des membres inférieurs à la marche) résistant au traitement médical, en rapport avec une sténose centrale ou foraminale sur un étage.

La décompression repose sur une laminotomie/hémilaminectomie unilatérale permettant de libérer les deux côtés du canal à travers un seul abord — c’est le principe « over the top ». Le canal est élargi et les racines libérées en préservant la plus grande partie des structures osseuses, articulaires et ligamentaires postérieures. L’endoscopie biportale (UBE) est particulièrement adaptée à cette indication, ses deux axes de travail facilitant la décompression bilatérale. Cette préservation des structures postérieures réduit le risque d’instabilité secondaire et d’infection par rapport à une laminectomie classique.

Ce que montre la littérature :

  • Efficacité clinique sur la claudication neurogène identique à la chirurgie ouverte.
  • Qualité de la décompression comparable à celle de la laminectomie ouverte, avec préservation d’une large part des structures postérieures.
  • Réduction de la douleur lombaire postopératoire et de la consommation d’antalgiques dans les premières semaines.
  • Moindre risque d’instabilité secondaire du fait du respect des facettes articulaires et du complexe ligamentaire.
  • Récupération précoce plus rapide : hospitalisation courte et reprise accélérée des activités.

La libération radiculaire (décompression foraminale)

Il s’agit de libérer une racine nerveuse comprimée à sa sortie du canal, au niveau du foramen (trou de conjugaison). Cette compression foraminale, souvent d’origine arthrosique, est responsable d’une douleur radiculaire (sciatique ou cruralgie) suivant le trajet du nerf concerné.

La foraminotomie endoscopique consiste à agrandir le foramen et à retirer les éléments comprimant la racine (bec ostéophytique, hypertrophie articulaire ou ligamentaire, fragment discal), tout en respectant au maximum l’articulation. L’abord transforaminal en endoscopie uniportale accède directement à la racine par le côté ; l’endoscopie biportale (UBE) permet une libération foraminale sous vision large grâce à la triangulation. L’objectif est une décompression complète et directe du nerf, comparable à celle obtenue à ciel ouvert.

Ce que montre la littérature :

  • Décompression radiculaire directe et efficace, avec soulagement de la douleur radiculaire comparable à la chirurgie ouverte.
  • Préservation de l’articulation et des structures de soutien, limitant le risque de déstabilisation du segment traité.
  • Réduction du traumatisme musculaire et des saignements, avec une inflammation locale diminuée par l’irrigation continue.
  • Convalescence courte et reprise rapide des activités courantes.

En pratique. Le choix entre endoscopie uniportale et biportale, et entre endoscopie, chirurgie mini invasive tubulaire et chirurgie ouverte, est individualisé : il dépend du type et de la localisation de la lésion, de l’étage concerné et du profil du patient. Ces techniques ne s’appliquent pas de façon systématique à tous les patients et sont réservées à des indications précises et bien définies.

 

Limites et points de vigilance

La chirurgie endoscopique n’est pas adaptée à toutes les situations et doit être évaluée pour chaque patient individuellement.

Il est également important de rappeler que la chirurgie endoscopique mini invasive ne veut pas dire sans risque, la chirurgie mini invasive regroupe les mêmes risques et les mêmes complications que la chirurgie traditionnelle. Il ne faut pas confondre : chirurgie mini invasive – endoscopique et mini-chirurgie.

La « mini-chirurgie » n’existe pas à proprement parler : il n’y a pas de petite chirurgie en chirurgie rachidienne. Le terme mini-invasif désigne uniquement la voie d’abord, plus petite et plus respectueuse des muscles, mais l’intervention, ses objectifs et ses risques restent exactement les mêmes qu’en chirurgie ouverte.

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